Google, Facebook et Microsoft sont les plus grands dépensiers en lobbying de l’UE dans le cadre de leurs batailles pour contrer les lois visant à restreindre leurs pouvoirs

Dans un rapport publié aujourd’hui, et intitulé « The Lobby Network », le cabinet bruxellois d’étude « Corporate Europe Observatory » et l’ONG Lobbycontrol ont révélé que Google, Facebook et Microsoft sont les trois entreprises qui dépensent le plus en lobbying en Europe dans le cadre d’une bataille contre de nouvelles lois strictes visant à limiter les pouvoirs des géants américains de la technologie. Selon l’étude, 612 entreprises, groupes et associations représentant le secteur technologique dépensent plus de 97 millions d’euros (114 millions de dollars) par an pour faire pression sur les politiques européennes en matière d’économie numérique.

La toile d’influence des grandes entreprises technologiques dans l’UE continue de grandir. Dans « The Lobby Network », « Corporate Europe Observatory » et Lobbycontrol offrent une vue d’ensemble de la puissance de feu du lobbying européen de l’industrie technologique. Pour la première fois, ils ont cartographié l' »univers » des acteurs qui font pression sur l’économie numérique de l’UE, des géants de la Silicon Valley aux prétendants de Shenzhen, des sociétés créées en ligne à celles qui fabriquent l’infrastructure nécessaire au fonctionnement de l’Internet, des géants de la technologie aux nouveaux venus.



Selon le rapport, aujourd’hui, alors que l’UE tente de maîtriser les aspects les plus problématiques des grandes entreprises technologiques – de la désinformation aux pratiques de concurrence déloyale en passant par la publicité ciblée – ces entreprises exercent un lobbying intense pour façonner de nouvelles réglementations. Les chercheurs ont rapporté que le secteur des technologies dépasse même les secteurs de la pharmacie, des combustibles fossiles, de la finance et de la chimie, qui dominaient auparavant le lobbying. Ils mettent en garde contre cette montée en puissance de la Big Tech et estiment qu’elle doit être maîtrisée au plus vite.

« La puissance de lobbying croissante des grandes entreprises technologiques et de l’industrie numérique dans son ensemble reflète le rôle énorme et croissant de ces secteurs dans la société », lit-on dans le rapport. « Il est remarquable et devrait être une source d’inquiétude que les plateformes puissent utiliser cette puissance de feu pour s’assurer que leurs voix sont entendues – par rapport aux voix contraires et critiques – dans le débat sur la façon de construire de nouvelles règles pour les plateformes numériques », indique l’étude. Les chercheurs ont découvert un « univers » vaste, mais selon eux, profondément déséquilibré :

  • avec 612 entreprises, groupes et associations d’entreprises qui font pression sur les politiques de l’UE en matière d’économie numérique. Ensemble, ils dépensent plus de 97 millions d’euros par an pour faire pression sur les institutions européennes. La technologie est ainsi le premier secteur de lobbying de l’UE en matière de dépenses, devant l’industrie pharmaceutique, les combustibles fossiles, la finance et la chimie ;
  • malgré le nombre varié d’acteurs, cet univers est dominé par une poignée d’entreprises. Dix entreprises seulement sont responsables de près d’un tiers des dépenses totales des lobbies technologiques : Vodafone, Qualcomm, Intel, IBM, Amazon, Huawei, Apple, Microsoft, Facebook et Google dépensent plus de 32 millions d’euros pour faire entendre leur voix dans l’UE ;
  • sur l’ensemble des entreprises qui font pression sur l’UE en matière de politique numérique, 20 % sont basées aux États-Unis, mais ce chiffre est probablement encore plus élevé. Moins d’un pour cent ont leur siège social en Chine ou à Hong Kong. Cela signifie que les entreprises chinoises n’ont pas jusqu’à présent investi dans le lobbying européen de manière aussi importante que leurs homologues américaines ;
  • les entreprises de l’industrie numérique ne font pas seulement du lobbying à titre individuel. Elles sont aussi organisées collectivement en associations professionnelles et commerciales qui sont elles-mêmes des acteurs importants du lobbying. Les associations d’entreprises qui font du lobbying au nom de la Big Tech disposent à elles seules d’un budget de lobbying qui dépasse de loin celui des 75 % d’entreprises les plus modestes de l’industrie numérique.

Google arrive en tête des dépenses avec 5,75 millions d’euros, suivi de Facebook avec 5,5 millions d’euros, de Microsoft avec 5,25 millions, d’Apple avec 3,5 millions, de Huawei avec 3 millions et d’Amazon en sixième position avec 2,75 millions. Google et Huawei ont répondu qu’ils soumettent leurs données de lobbying au registre de transparence de l’UE. « Nous avons mis en place des politiques claires pour protéger l’indépendance des personnes et des organisations que nous parrainons, y compris une obligation de divulguer le financement », a déclaré Google dans un courriel.



Microsoft a déclaré : « L’Union européenne a été et reste une partie prenante importante pour Microsoft. Nous cherchons à être un partenaire constructif et transparent pour les décideurs politiques européens ». Facebook, Apple et Amazon n’ont pas fait de commentaire dans l’immédiat. Le lobbying technologique se concentre sur deux textes législatifs clés. La loi sur les marchés numériques énumère les choses que les géants de la technologie peuvent et ne peuvent pas faire, et la loi sur les services numériques exige des entreprises qu’elles fassent davantage pour contrôler le contenu de leurs plateformes.

Selon le rapport, les énormes budgets de lobbying de la Big Tech ont un impact significatif sur les décideurs politiques de l’UE, qui voient régulièrement des lobbyistes numériques frapper à leur porte. Le lobbying entourant les propositions relatives au paquet « services numériques », qui constitue la tentative de l’UE de contenir les grandes entreprises technologiques, illustre parfaitement la manière dont l’immense budget des entreprises leur donne un accès privilégié : « Les hauts fonctionnaires de la Commission ont tenu 271 réunions, dont 75 % avec des lobbyistes du secteur. Google et Facebook étaient en tête du peloton ».

En outre, les chercheurs ont ajouté que bien qu’elles aient publiquement soutenu ces propositions, les comptes rendus de réunions, les fuites de stratégies de lobbying et les documents de synthèse montrent que les grandes entreprises technologiques continuent de faire pression contre les lois, en faisant de leur mieux pour atténuer toute règle stricte. Selon le rapport, cette bataille de lobbying s’est maintenant déplacée vers le Parlement européen et le Conseil et, malgré le manque de transparence, l’on commence à voir l’empreinte du lobbying de la Big Tech dans les capitales européennes comme Tallinn, en Estonie.

De plus, Tommaso Valletti, ancien économiste en chef de la direction de la concurrence de la Commission européenne et professeur d’économie à l’Imperial College, a déclaré : « Le pouvoir économique et politique des géants du numérique est lourd, et ils ne vont pas rester passifs face à d’éventuelles nouvelles règles qui affectent la manière dont ils mènent leurs affaires. C’est la raison pour laquelle les institutions européennes doivent de toute urgence changer la façon dont elles gèrent ce lobbying et limiter le pouvoir des grandes technologies ».



Par ailleurs, le lobbying de la Big Tech s’appuie également sur le financement d’un vaste réseau de tiers, notamment des groupes de réflexion, des associations de PME et de startups et des cabinets de conseil juridique et économique, pour faire passer ses messages. Ces liens ne sont souvent pas divulgués, ce qui occulte les biais et conflits d’intérêts potentiels. L’étude dénombre 14 groupes de réflexion et ONG ayant des liens étroits avec des entreprises de la Big Tech. Corporate Europe Observatory a indiqué que l’éthique et les pratiques de ces organisations politiques varient.

Cependant, certaines semblent avoir joué un rôle particulièrement actif dans les discussions entourant le paquet « services numériques », en organisant des débats exclusifs ou biaisés au nom de leurs bailleurs de fonds ou en publiant des rapports alarmistes. « Les immenses ressources de lobbying de la Big Tech reflètent la domination croissante du secteur sur l’économie et la société dans son ensemble. Il y a dix ans, l’image du lobbying européen était différente, avec des secteurs comme la finance ou l’industrie pharmaceutique qui dominaient », ont écrit les auteurs de l’étude.

Mais cette situation a changé au cours de la dernière décennie, les grandes entreprises technologiques les dépassant en matière de dépenses, de portée et d’influence. Pour finir, les chercheurs avancent que ce n’est pas seulement la puissance de feu des lobbies de la Big Tech qui pose problème. « Leurs modèles économiques menacent de saper les droits des personnes, la concurrence loyale et la prise de décision démocratique dans nos sociétés. L’énorme concentration du pouvoir économique et des lobbies constitue une menace directe pour notre démocratie », ont-ils déclaré.

« Le pouvoir alarmant du secteur numérique devrait nous inciter à mettre en place une réglementation plus stricte en matière de lobbying, tant au niveau de l’UE qu’à celui des États membres, et à veiller à ce que de nouveaux instruments soient créés pour limiter le pouvoir des entreprises qui, sinon, l’utiliseront pour façonner la législation en fonction de leurs intérêts », a conclu l’équipe de recherche.

Source : Corporate Europe Observatory

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Tiri

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